Chère Léa,
Tu m'as parlé de tes envies de te faire de l'argent facilement et rapidement… J'ai longuement réfléchi avant de t'écrire, mais je pense que je dois te mettre en garde contre certaines choses.
Tout d'abord, j'aimerais soulever un détail qui n'est pas des moindre : ça n'est pas de l'argent facile. Je ne crois pas qu'il existe un autre métier qui demande autant d'investissement personnel. Il faut quand même que tu prennes conscience qu'il s'agit de ton corps, donc une chose précieuse qu'en temps normal on ne donne pas à n'importe qui. Je pense que dans ta tête, c'est une notion bien imprimée alors si tu te décides à faire ce genre de « boulot », il faut que tu saches que tu devras aller à l'encontre de ce que tu as toujours considéré comme acquis : tu ne pourras plus jamais dire que ce corps est le tien. Tu le verras uniquement comme une sorte de forteresse protégeant tant bien que mal ton âme.
En dehors de cela, vue de l'extérieur tout semble assez aisé. On gagne beaucoup en peu de temps. Manque de chance, c'est là que le bât blesse. Tu te rendras vite compte que tu ne gagneras jamais assez en comparaison de ce que tu donnes : ton intégrité, ta fierté, tes rêves et surtout l'amour que tu te portais auparavant.
Quant à la vitesse du temps, tout est relatif. Etre dans les bras d'un homme qui te répugne, qui en demande sans cesse plus, qui marchande chaque acte et qui te regarde sans rien voir d'autre que les 3 orifices qui peuvent lui servir, le temps semble très long. Devoir simuler et avoir l'air d'être heureuse alors que ta seule pensée est d'arriver à te retenir de vomir, demande beaucoup de contrôle. Il faut aussi devenir une parfaite petite menteuse pour pouvoir répondre, sans laisser transpercer sa haine, à la question « est-ce que tu as aimé ce moment passé ensemble ? ». Parce que pour la plupart des hommes, il est évident que tu n'es juste qu'une « petite salope » qui aime « ça », quoi qu'il arrive. En soit, il t'a généreusement rendu service…
Leur regard et surtout ce qu'ils ont l'air de penser n'est pas si facile qu'il n'y paraît à gérer et à accepter. Ce raccourcit sur ta personne te marque plus que tu ne le voudrais parce qu'au fond de toi, tu sais que tu n'es pas « ça », néanmoins, c'est la triste et dégradante image que tu renvoies…
Ton comportement est suicidaire car tu sais ce qu'il peut t'arriver (viol, agression, vol, etc…) et malgré tout, tu t'en fous en pensant que ça ne t'arrivera pas. Mais tu ne peux pas faire abstraction que c'est l'image de toi, et je parle uniquement vis-à-vis de toi-même, que tu joues. Es-tu prête à te détester et à te demander quasiment chaque matin ce que tu vaux réellement ?
Tu es belle et intelligente, tu ne mérite pas de t'allonger sur un lit les quatre fers en l'air avec un type qui ne se rend même pas compte que tu es là. Pour lui, tu serais toi ou une autre, ça reviendrait au même. Tu ne mérite pas tant d'indifférence. Tu ne mérite pas de te retrouver avec le nez remplis d'odeurs nauséabondes, avec des images de toi dans la tête tellement plus obscènes les unes que les autres que tu seras obligé de te persuader qu'il ne s'agissait pas de toi.
Tu ne mérite pas de te regarder dans un miroir et de te dire qu'il n'y a qu'une pute dans le reflet…
Prends soin de toi car malgré tout, je t'aime.
Je vais revenir sur un de mes articles précédemment écrit. Il s'agit de celui sur les savons que je consomme comme une véritable camée.
Après vous avoir fait part de cette obsession, je m'étais vraiment bien calmée à ce niveau, aucun nouvel achat de gel douche ou de déo. Et puis là, nouvelle « rechute ». Je les achète par paquet. Je nage dedans. Mon argent fond en partis à cause d'eux. Alors ce matin, en en essayant un nouveau, je suis tombée dans une réflexion profonde.
A priori, je ne suis pas la seule à aimer ces petits flacons à la folie. La seule chose, c'est que ma folie va plus loin que la vôtre.
Et puis après, où est le problème ? Je m'achète des choses qui sentent bon, qui me font me sentir bien, qui m'apporte un bonheur fugace tous les matins. Il ne s'agit pas de cocaïne ou autre substitut qui dans un premier temps aide à vivre puis par la suite vous démonte la santé. Là, je ne me fais pas de mal et je n'en fais à personne non plus.
Alors, on peut voir là-dedans une névrose (s'il faut vraiment mettre un nom sur le phénomène…) puisque je ne le faisais pas avant l'événement traumatique. Néanmoins, on peut aussi considérer cela de manière plus positive ; comme une sorte de soupape de sécurité qui me permettrait de me faire une espèce d'automédication. L'important n'étant pas de rester sur une idée négative de notre personne, mais de voir constamment nos progrès vers l'avant et non comme des échecs perpétuels qui nous permettent de désespérer sans arrêt sur ce que l'on à pas ou pire, sur ce que l'on a plus et que nous ne retrouverons jamais. Donc, j'ai une passion (bien futile il est vrai) et je l'assume grandement (en même temps, j'assume plus de collectionner les gels douches que les boîtes de fromage). Rassurez-vous, j'ai d'autre centre d'intérêt dans la vie beaucoup moins superficiels !
Pour certains, je vais sûrement être le prototype même de la grosse névrosée qui s'ignore ou qui veut se rassurer comme elle peut. Peut-être. Je ne cherche pas à me faire mon propre procès, mais juste à comprendre le fonctionnement aléatoire de ma personne sans vouloir m'accuser plus que ce qu'il ne le faut. Juste avoir le recule qui permet de juger posément sans exagération, condescendance ou auto-flagellation rédhibitoire.
Alors oui, j'ai un comportement excessif, mais au final, il ne me pourrit pas ma vie alors, qu'est ce qui cloche ? La source ? Sûrement. Mais ça je ne pourrais pas changer mon passé alors autant améliorer le présent avec des petites enjolivures qui font la part belle aux choses.
Qui connaît une bonne adresse de savonnerie ?